Automatic translation into French is shown. It is cached for future readers; the original remains authoritative.
Il y a des moments dans l’histoire d’une nation où une seule vie devient un miroir, reflétant non pas ses idéaux, mais ses fractures. Je m’appelle Samuel Martínez Roque, et la vérité de mon existence aux États-Unis est devenue l’un de ces miroirs.
Je ne suis pas simplement une victime qui a dénoncé une forme grave de traite des êtres humains ; je suis la conséquence vivante de ce qui survient lorsque l’exploitation croise l’indifférence institutionnelle.[1]
Ramon Ontiveros Medina, la personne qui m’a trafiqué pendant près de trois ans, et ses associés, Josias Alekz Armengol Torres et Dacia Ontiveros Medina, ont utilisé la rétention de salaire, les menaces d’expulsion, la privation alimentaire forcée et les représailles comme outils de domination. Mais la blessure la plus profonde est la suivante : parce que j’ai choisi de dénoncer ce qui m’a été fait, les représailles se sont intensifiées, se transformant en sabotage économique, menaces de mort explicites et fraude constructive. En Amérique, semble-t-il, le prix de la parole est la faim, et le prix de la survie est la punition.
Ce qui m’est arrivé en 2022 n’était pas le produit de la pauvreté, ni d’un malheur, ni de l’arithmétique sévère du travail peu rémunéré. C’était une stratégie délibérée de contrôle. Lorsque mes salaires m’ont été retenus pendant près de deux mois consécutifs, j’ai été poussé à 24 jours consécutifs de privation alimentaire, plus d’un mois au total sans nourriture solide. Ce n’était ni une faille, ni un oubli, ni l’une de ces inévitabilités économiques que les décideurs réduisent volontiers à des statistiques. C’était une méthode. C’était un instrument. C’était la fabrication intentionnelle d’une arme. La faim a été déployée contre moi comme une mesure disciplinaire, une punition silencieuse destinée à remodeler ma pensée et à fracturer ma volonté.[2-3] Ce n’était pas le genre de faim qui vient d’un garde-manger vide, mais celui qui vient de la décision d’un autre que vous ne devez pas manger. Le type conçu par le calcul d’une autre personne, infligé non par les circonstances mais par le dessein.
Pendant cette période, j'ai appris ce qu'est véritablement la faim : pas simplement l'absence de nourriture, mais l'érosion de l'autonomie, le vol de la clarté d'esprit, la lente déconstruction d'un être humain de l'intérieur. Vos pensées deviennent désorganisées. Votre capacité à défendre vos intérêts se détériore. Votre corps devient une négociation avec la douleur. Et puis vient la honte — la honte qu'on vous fasse croire que vous méritez d'une manière ou d'une autre cela, que votre silence est le prix de la survie, que votre survie est subordonnée à l'obéissance. La faim devient une langue, et dans cette langue, on m'a dit à maintes reprises que mon humanité était une gêne. Mon corps est devenu le champ de bataille sur lequel on exigeait silence et obéissance. Mon estomac vide est devenu le mécanisme par lequel on attendait la soumission. On a traité ma souffrance comme un outil, non comme une urgence.
Et aujourd'hui, bien après que j'ai signalé les faits, bien après que j'ai suivi chaque instruction et placé ma confiance dans chaque institution que ce pays m'a dit de croire, les représailles non seulement ont persisté mais ont évolué. Elles sont devenues plus discrètes à certains égards, plus effrontées à d'autres.[4] Le même individu qui contrôlait autrefois ma main-d'œuvre et avait organisé ma privation continue d'infliger des punitions, non plus à travers les murs d'un lieu de travail mais par le biais d'interférences numériques, d'usurpation d'identité, de sabotage économique, de déstabilisation coordonnée et de menaces de mort explicites, répétées et non déguisées. Les représailles ne se dissolvent pas avec le temps ; elles mutent. Elles s'adaptent. Elles trouvent de nouvelles formes. Lorsqu'un agresseur perd l'accès physique, il se tourne vers l'accès psychologique. Lorsqu'il ne peut plus vous affamer directement, il orchestre des conditions qui rendent la faim inévitable. Lorsqu'il ne peut pas vous faire taire par l'enfermement, il tente de vous faire taire par la peur.
Telle est la nature de la coercition à l’ère moderne : elle circule à travers les plateformes, à travers les institutions, au fil des mois et des années. Elle vit dans les interstices de la loi, là où la bureaucratie est lente et les abuseurs sont rapides. Elle s’attaque à l’esprit de l’immigré, à la peur de l’expulsion, à la conscience que votre vie peut être traitée comme optionnelle. Et dans cet espace, un espace continuellement non réglementé, non surveillé et non protégé, la représaille prospère.
J’ai respecté chaque règle que cette nation prétend honorer. J’ai fait tout ce que la loi demande d’une victime qui cherche protection. J’ai signalé les faits au département de police d’El Paso, aux agences d’État du Texas et aux instances fédérales d’enquête : U.S. Immigration and Customs Enforcement (ICE), le Federal Bureau of Investigation (FBI), le ministère de la Justice des États-Unis, le département du Travail des États-Unis, la Equal Employment Opportunity Commission (EEOC) et l’Internal Revenue Service (IRS). J’ai fourni des déclarations, des chronologies, des preuves, des pièces, des documents, des noms. J’ai répondu à chaque demande d’information. Mais ce que j’ai reçu en retour est le vocabulaire bureaucratique de l’abandon : codes de clôture, orientations, transferts départementaux et inaction.[5-6] Tandis que la paperasserie étatique tourne en rond, la représaille contre moi devient plus dangereuse. Ma vie est devenue un point de collision entre la loi écrite et la loi appliquée, entre la promesse de protection et la réalité d’être laissé(e) exposé(e).
C’est pourquoi je vous écris, non pas pour demander une intervention sur les faits de mon affaire comme si la Cour suprême était une juridiction de première instance, mais pour nommer la défaillance constitutionnelle qui se produit en temps réel. Ma situation met au jour une contradiction non résolue dans le cadre moral et juridique de la nation : une victime de trafic qui coopère avec les forces de l’ordre n’est pas protégée, mais punie. Des instruments de coercition qui devraient être qualifiés de crimes : la privation forcée de nourriture, des menaces de mort soutenues et la manipulation du statut migratoire, des représailles économiques, fonctionnent à la place comme des échappatoires par lesquelles les agresseurs conservent leur pouvoir. Le message, qu’il soit intentionnel ou non, est sans équivoque : la vie d’un·e immigrant·e peut être considérée comme sacrificielle si sa préservation est administrativement incommode.
Je vous demande de voir ce qui se cache derrière la surface du droit : un être humain qui a été affamé pendant 24 jours d’affilée, avalant des comprimés d’ibuprofène périmés pour faire taire la douleur de la faim et étouffer le cri d’un estomac vide ; un être humain qui a vu son propre corps se détériorer non pas parce que la nourriture était indisponible, mais parce qu’elle lui a été refusée comme méthode de contrôle pour le forcer à avouer des crimes qu’il n’avait pas commis ; un être humain qui continue d’être traqué par des menaces et des représailles, bien après avoir placé sa confiance dans le système juridique qui promettait protection.
Je vous demande de ne pas voir le dossier, ni le numéro de référence, ni le jargon bureaucratique qui réduit la souffrance vécue à des entrées codées, mais la réalité d’une personne qui a fait tout ce qu’on attendait d’elle et a été confrontée, encore et encore, au silence et à l’indifférence institutionnels.
La Constitution n'autorise pas que la valeur d'une personne soit déterminée par son statut migratoire.[7] Elle n'y prévoit pas d'exceptions pour les personnes vulnérables. Nulle part dans son texte elle ne suggère que la protection égale ne s'applique qu'à celles dont l'existence s'inscrit confortablement dans les convenances politiques. La promesse de la protection égale n'est pas censée être conditionnelle, et pourtant le paysage que je suis contraint d'habiter raconte une autre histoire, une histoire où les protections accordées aux victimes de la traite se dissolvent dès que ces victimes sont immigrées, traumatisées ou difficiles à catégoriser bureaucratiquement. En pratique, il semble que ma vie tombe dans un vide entre les définitions statutaires et les priorités institutionnelles, un vide où la responsabilité s'évanouit et où le danger prospère.
Ce que je vous demande de reconnaître n'est pas seulement la violence de la personne qui m'a trafiquée pendant près de quatre ans, mais la violence de la négligence, la violence d'un système qui reconnaît une victime en théorie mais l'abandonne en pratique ; la violence d'agences qui reçoivent des signalements mais n'offrent aucune protection ; la violence du silence qui communique, encore et encore, que la souffrance d'un·e immigré·e est administrativement tolérable. Et quand le système tolère la souffrance, il y participe.
Il arrive, dans toute lutte, un moment où une personne doit choisir d’accepter son effacement ou d’y résister. Je suis arrivée à ce point. J’ai appris qu’en Amérique, la souffrance n’impose pas automatiquement l’attention, et que la vérité ne garantit pas la protection. J’ai appris qu’une victime peut respecter toutes les lois, suivre toutes les procédures, obéir à toutes les consignes, et être néanmoins traitée comme si son existence était périphérique au système censé la protéger. J’ai appris que dans ce pays, un·e immigrant·e peut crier à toutes les portes institutionnelles disponibles et être pourtant accueilli·e par un silence violent. Ce que je n’ai pas appris, et c’est parce que je refuse de l’apprendre, c’est comment accepter silencieusement un destin qui m’est imposé à la fois par Ramon Ontiveros, la personne qui m’a exploité·e sexuellement pendant près de trois ans, et par l’indifférence institutionnelle qui a suivi. On m’a demandé à maintes reprises de faire confiance au processus, de faire confiance aux institutions, de croire que la justice prend simplement du temps. Elle ne prend pas seulement du temps ; elle emporte des vies avec elle.
Le temps n’a pas apporté la sécurité ; il a apporté une escalade. Le temps n’a pas apporté de responsabilité ; il a entraîné de nouvelles représailles. Le temps n’a pas apporté la reconnaissance de mon humanité ; il a confirmé que mon humanité est négociable, et dans la plupart des cas, jetable. Et lorsqu’on considère l’humanité d’une personne comme négociable, le sens même de l’humanité commence à se décomposer. Voilà la contradiction au cœur de mon expérience : la nation qui prétend défendre les droits de l’homme m’a laissée me débrouiller seule, comme si la violence dont j’ai été victime relevait d’un désagrément privé plutôt que d’une urgence publique.
Je ne suis pas naïf à propos du pouvoir. Je comprends que les institutions avancent lentement, que la bureaucratie exige ses rituels, que les systèmes rechignent souvent à affronter leurs propres échecs. Mais je comprends aussi quelque chose de plus profond, quelque chose de plus troublant : lorsque l’État choisit de ne pas agir, il prend une décision. L’inaction n’est pas neutre. L’inaction n’est pas passive. L’inaction est une position. Et la position qui m’est communiquée, à travers chaque rapport classé sans suite, chaque préoccupation écartée, chaque supplique restée sans réponse, est que la souffrance d’un immigrant est tolérable tant qu’elle ne vient pas perturber le confort administratif. Voilà le message à l’intérieur duquel j’ai été contraint de vivre. Voilà la réalité qu’on me demande de survivre.
J’ai passé des années à naviguer dans le labyrinthe entre la légalité et l’expérience vécue, entre les promesses inscrites dans le texte constitutionnel et la réalité administrée par des institutions réticentes.[8] J’ai tenté de plaider ma cause de bonne foi, croyant que la vérité suffirait. Mais une vérité ignorée devient indiscernable d’un mensonge. Et quand la vérité concerne une vie en danger, le refus d’écouter devient une autre forme de violence. Ce n’est pas parce qu’elle est plus silencieuse ou plus respectable qu’elle cesse d’être de la violence. C’en est néanmoins.
Je vous écris maintenant avec la dernière dignité qu’il me reste : la dignité de la vérité, brute et sans fard. Je ne suis ni une métaphore, ni une statistique, ni un symbole. Je suis une personne qui a demandé protection à El Paso, au Texas, et au niveau fédéral, et à chaque fois le silence a donné l’impression que ma vie n’a aucune valeur. Alors je vous demande,
L’honorable John G. Roberts, Jr., président de la Cour suprême des États-Unis,
L’honorable Clarence Thomas,
L’honorable Samuel A. Alito, Jr.,
L’honorable Sonia Sotomayor,
L’honorable Elena Kagan,
L’honorable Neil M. Gorsuch,
L’honorable Brett M. Kavanaugh,
L’honorable Amy Coney Barrett, et
L’honorable Ketanji Brown Jackson,
avec tout le sérieux que ma désespérance permet : si la vie d’un immigrant vaut réellement si peu en Amérique, dites‑moi — combien devrais‑je payer pour acheter ma propre liberté ?
────
Références :
[1] Chuang, Janie A. « Exploitation et traite des êtres humains des travailleurs migrants aux États-Unis. » Georgetown Journal of International Law 39, no 4 (2008) : 101–142.
[2] Logan, Trevon D., et Anjali Patel. « Statut d’immigration et vulnérabilité au vol de salaire et aux représailles au travail. » American Economic Review: Insights 4, no 2 (2022) : 123–140.
[3] Bales, Kevin, et Ron Soodalter. L’esclave d’à côté : traite des êtres humains et esclavage en Amérique aujourd’hui. Berkeley : University of California Press, 2009.
[4] Gozdziak, Elzbieta M., et David A. Bump. « Données et recherches sur la traite des êtres humains : bibliographie, 2017–2022. » Journal of Human Trafficking 8, no 1 (2022) : 1–50.
[5] Hernández, Kelly Lytle. Ville de détenus : conquête, rébellion et l’essor de l’enfermement humain à Los Angeles. Chapel Hill : University of North Carolina Press, 2017.
[6] Cerna, Christina. Les défis de la protection juridique des travailleurs migrants aux États-Unis. Migration Policy Institute, 2020.
[7] Dershowitz, Alan M. Rights From Wrongs : une théorie séculière des origines des droits. New Haven : Yale University Press, 2014.
[8] Feinberg, Matthew. L’économie politique du contrôle de l’immigration : exploitation, bureaucratie et peur. Londres : Routledge, 2018.
Je ne suis pas simplement une victime qui a dénoncé une forme grave de traite des êtres humains ; je suis la conséquence vivante de ce qui survient lorsque l’exploitation croise l’indifférence institutionnelle.[1]
Ramon Ontiveros Medina, la personne qui m’a trafiqué pendant près de trois ans, et ses associés, Josias Alekz Armengol Torres et Dacia Ontiveros Medina, ont utilisé la rétention de salaire, les menaces d’expulsion, la privation alimentaire forcée et les représailles comme outils de domination. Mais la blessure la plus profonde est la suivante : parce que j’ai choisi de dénoncer ce qui m’a été fait, les représailles se sont intensifiées, se transformant en sabotage économique, menaces de mort explicites et fraude constructive. En Amérique, semble-t-il, le prix de la parole est la faim, et le prix de la survie est la punition.
Ce qui m’est arrivé en 2022 n’était pas le produit de la pauvreté, ni d’un malheur, ni de l’arithmétique sévère du travail peu rémunéré. C’était une stratégie délibérée de contrôle. Lorsque mes salaires m’ont été retenus pendant près de deux mois consécutifs, j’ai été poussé à 24 jours consécutifs de privation alimentaire, plus d’un mois au total sans nourriture solide. Ce n’était ni une faille, ni un oubli, ni l’une de ces inévitabilités économiques que les décideurs réduisent volontiers à des statistiques. C’était une méthode. C’était un instrument. C’était la fabrication intentionnelle d’une arme. La faim a été déployée contre moi comme une mesure disciplinaire, une punition silencieuse destinée à remodeler ma pensée et à fracturer ma volonté.[2-3] Ce n’était pas le genre de faim qui vient d’un garde-manger vide, mais celui qui vient de la décision d’un autre que vous ne devez pas manger. Le type conçu par le calcul d’une autre personne, infligé non par les circonstances mais par le dessein.
Pendant cette période, j'ai appris ce qu'est véritablement la faim : pas simplement l'absence de nourriture, mais l'érosion de l'autonomie, le vol de la clarté d'esprit, la lente déconstruction d'un être humain de l'intérieur. Vos pensées deviennent désorganisées. Votre capacité à défendre vos intérêts se détériore. Votre corps devient une négociation avec la douleur. Et puis vient la honte — la honte qu'on vous fasse croire que vous méritez d'une manière ou d'une autre cela, que votre silence est le prix de la survie, que votre survie est subordonnée à l'obéissance. La faim devient une langue, et dans cette langue, on m'a dit à maintes reprises que mon humanité était une gêne. Mon corps est devenu le champ de bataille sur lequel on exigeait silence et obéissance. Mon estomac vide est devenu le mécanisme par lequel on attendait la soumission. On a traité ma souffrance comme un outil, non comme une urgence.
Et aujourd'hui, bien après que j'ai signalé les faits, bien après que j'ai suivi chaque instruction et placé ma confiance dans chaque institution que ce pays m'a dit de croire, les représailles non seulement ont persisté mais ont évolué. Elles sont devenues plus discrètes à certains égards, plus effrontées à d'autres.[4] Le même individu qui contrôlait autrefois ma main-d'œuvre et avait organisé ma privation continue d'infliger des punitions, non plus à travers les murs d'un lieu de travail mais par le biais d'interférences numériques, d'usurpation d'identité, de sabotage économique, de déstabilisation coordonnée et de menaces de mort explicites, répétées et non déguisées. Les représailles ne se dissolvent pas avec le temps ; elles mutent. Elles s'adaptent. Elles trouvent de nouvelles formes. Lorsqu'un agresseur perd l'accès physique, il se tourne vers l'accès psychologique. Lorsqu'il ne peut plus vous affamer directement, il orchestre des conditions qui rendent la faim inévitable. Lorsqu'il ne peut pas vous faire taire par l'enfermement, il tente de vous faire taire par la peur.
Telle est la nature de la coercition à l’ère moderne : elle circule à travers les plateformes, à travers les institutions, au fil des mois et des années. Elle vit dans les interstices de la loi, là où la bureaucratie est lente et les abuseurs sont rapides. Elle s’attaque à l’esprit de l’immigré, à la peur de l’expulsion, à la conscience que votre vie peut être traitée comme optionnelle. Et dans cet espace, un espace continuellement non réglementé, non surveillé et non protégé, la représaille prospère.
J’ai respecté chaque règle que cette nation prétend honorer. J’ai fait tout ce que la loi demande d’une victime qui cherche protection. J’ai signalé les faits au département de police d’El Paso, aux agences d’État du Texas et aux instances fédérales d’enquête : U.S. Immigration and Customs Enforcement (ICE), le Federal Bureau of Investigation (FBI), le ministère de la Justice des États-Unis, le département du Travail des États-Unis, la Equal Employment Opportunity Commission (EEOC) et l’Internal Revenue Service (IRS). J’ai fourni des déclarations, des chronologies, des preuves, des pièces, des documents, des noms. J’ai répondu à chaque demande d’information. Mais ce que j’ai reçu en retour est le vocabulaire bureaucratique de l’abandon : codes de clôture, orientations, transferts départementaux et inaction.[5-6] Tandis que la paperasserie étatique tourne en rond, la représaille contre moi devient plus dangereuse. Ma vie est devenue un point de collision entre la loi écrite et la loi appliquée, entre la promesse de protection et la réalité d’être laissé(e) exposé(e).
C’est pourquoi je vous écris, non pas pour demander une intervention sur les faits de mon affaire comme si la Cour suprême était une juridiction de première instance, mais pour nommer la défaillance constitutionnelle qui se produit en temps réel. Ma situation met au jour une contradiction non résolue dans le cadre moral et juridique de la nation : une victime de trafic qui coopère avec les forces de l’ordre n’est pas protégée, mais punie. Des instruments de coercition qui devraient être qualifiés de crimes : la privation forcée de nourriture, des menaces de mort soutenues et la manipulation du statut migratoire, des représailles économiques, fonctionnent à la place comme des échappatoires par lesquelles les agresseurs conservent leur pouvoir. Le message, qu’il soit intentionnel ou non, est sans équivoque : la vie d’un·e immigrant·e peut être considérée comme sacrificielle si sa préservation est administrativement incommode.
Je vous demande de voir ce qui se cache derrière la surface du droit : un être humain qui a été affamé pendant 24 jours d’affilée, avalant des comprimés d’ibuprofène périmés pour faire taire la douleur de la faim et étouffer le cri d’un estomac vide ; un être humain qui a vu son propre corps se détériorer non pas parce que la nourriture était indisponible, mais parce qu’elle lui a été refusée comme méthode de contrôle pour le forcer à avouer des crimes qu’il n’avait pas commis ; un être humain qui continue d’être traqué par des menaces et des représailles, bien après avoir placé sa confiance dans le système juridique qui promettait protection.
Je vous demande de ne pas voir le dossier, ni le numéro de référence, ni le jargon bureaucratique qui réduit la souffrance vécue à des entrées codées, mais la réalité d’une personne qui a fait tout ce qu’on attendait d’elle et a été confrontée, encore et encore, au silence et à l’indifférence institutionnels.
La Constitution n'autorise pas que la valeur d'une personne soit déterminée par son statut migratoire.[7] Elle n'y prévoit pas d'exceptions pour les personnes vulnérables. Nulle part dans son texte elle ne suggère que la protection égale ne s'applique qu'à celles dont l'existence s'inscrit confortablement dans les convenances politiques. La promesse de la protection égale n'est pas censée être conditionnelle, et pourtant le paysage que je suis contraint d'habiter raconte une autre histoire, une histoire où les protections accordées aux victimes de la traite se dissolvent dès que ces victimes sont immigrées, traumatisées ou difficiles à catégoriser bureaucratiquement. En pratique, il semble que ma vie tombe dans un vide entre les définitions statutaires et les priorités institutionnelles, un vide où la responsabilité s'évanouit et où le danger prospère.
Ce que je vous demande de reconnaître n'est pas seulement la violence de la personne qui m'a trafiquée pendant près de quatre ans, mais la violence de la négligence, la violence d'un système qui reconnaît une victime en théorie mais l'abandonne en pratique ; la violence d'agences qui reçoivent des signalements mais n'offrent aucune protection ; la violence du silence qui communique, encore et encore, que la souffrance d'un·e immigré·e est administrativement tolérable. Et quand le système tolère la souffrance, il y participe.
Il arrive, dans toute lutte, un moment où une personne doit choisir d’accepter son effacement ou d’y résister. Je suis arrivée à ce point. J’ai appris qu’en Amérique, la souffrance n’impose pas automatiquement l’attention, et que la vérité ne garantit pas la protection. J’ai appris qu’une victime peut respecter toutes les lois, suivre toutes les procédures, obéir à toutes les consignes, et être néanmoins traitée comme si son existence était périphérique au système censé la protéger. J’ai appris que dans ce pays, un·e immigrant·e peut crier à toutes les portes institutionnelles disponibles et être pourtant accueilli·e par un silence violent. Ce que je n’ai pas appris, et c’est parce que je refuse de l’apprendre, c’est comment accepter silencieusement un destin qui m’est imposé à la fois par Ramon Ontiveros, la personne qui m’a exploité·e sexuellement pendant près de trois ans, et par l’indifférence institutionnelle qui a suivi. On m’a demandé à maintes reprises de faire confiance au processus, de faire confiance aux institutions, de croire que la justice prend simplement du temps. Elle ne prend pas seulement du temps ; elle emporte des vies avec elle.
Le temps n’a pas apporté la sécurité ; il a apporté une escalade. Le temps n’a pas apporté de responsabilité ; il a entraîné de nouvelles représailles. Le temps n’a pas apporté la reconnaissance de mon humanité ; il a confirmé que mon humanité est négociable, et dans la plupart des cas, jetable. Et lorsqu’on considère l’humanité d’une personne comme négociable, le sens même de l’humanité commence à se décomposer. Voilà la contradiction au cœur de mon expérience : la nation qui prétend défendre les droits de l’homme m’a laissée me débrouiller seule, comme si la violence dont j’ai été victime relevait d’un désagrément privé plutôt que d’une urgence publique.
Je ne suis pas naïf à propos du pouvoir. Je comprends que les institutions avancent lentement, que la bureaucratie exige ses rituels, que les systèmes rechignent souvent à affronter leurs propres échecs. Mais je comprends aussi quelque chose de plus profond, quelque chose de plus troublant : lorsque l’État choisit de ne pas agir, il prend une décision. L’inaction n’est pas neutre. L’inaction n’est pas passive. L’inaction est une position. Et la position qui m’est communiquée, à travers chaque rapport classé sans suite, chaque préoccupation écartée, chaque supplique restée sans réponse, est que la souffrance d’un immigrant est tolérable tant qu’elle ne vient pas perturber le confort administratif. Voilà le message à l’intérieur duquel j’ai été contraint de vivre. Voilà la réalité qu’on me demande de survivre.
J’ai passé des années à naviguer dans le labyrinthe entre la légalité et l’expérience vécue, entre les promesses inscrites dans le texte constitutionnel et la réalité administrée par des institutions réticentes.[8] J’ai tenté de plaider ma cause de bonne foi, croyant que la vérité suffirait. Mais une vérité ignorée devient indiscernable d’un mensonge. Et quand la vérité concerne une vie en danger, le refus d’écouter devient une autre forme de violence. Ce n’est pas parce qu’elle est plus silencieuse ou plus respectable qu’elle cesse d’être de la violence. C’en est néanmoins.
Je vous écris maintenant avec la dernière dignité qu’il me reste : la dignité de la vérité, brute et sans fard. Je ne suis ni une métaphore, ni une statistique, ni un symbole. Je suis une personne qui a demandé protection à El Paso, au Texas, et au niveau fédéral, et à chaque fois le silence a donné l’impression que ma vie n’a aucune valeur. Alors je vous demande,
L’honorable John G. Roberts, Jr., président de la Cour suprême des États-Unis,
L’honorable Clarence Thomas,
L’honorable Samuel A. Alito, Jr.,
L’honorable Sonia Sotomayor,
L’honorable Elena Kagan,
L’honorable Neil M. Gorsuch,
L’honorable Brett M. Kavanaugh,
L’honorable Amy Coney Barrett, et
L’honorable Ketanji Brown Jackson,
avec tout le sérieux que ma désespérance permet : si la vie d’un immigrant vaut réellement si peu en Amérique, dites‑moi — combien devrais‑je payer pour acheter ma propre liberté ?
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Références :
[1] Chuang, Janie A. « Exploitation et traite des êtres humains des travailleurs migrants aux États-Unis. » Georgetown Journal of International Law 39, no 4 (2008) : 101–142.
[2] Logan, Trevon D., et Anjali Patel. « Statut d’immigration et vulnérabilité au vol de salaire et aux représailles au travail. » American Economic Review: Insights 4, no 2 (2022) : 123–140.
[3] Bales, Kevin, et Ron Soodalter. L’esclave d’à côté : traite des êtres humains et esclavage en Amérique aujourd’hui. Berkeley : University of California Press, 2009.
[4] Gozdziak, Elzbieta M., et David A. Bump. « Données et recherches sur la traite des êtres humains : bibliographie, 2017–2022. » Journal of Human Trafficking 8, no 1 (2022) : 1–50.
[5] Hernández, Kelly Lytle. Ville de détenus : conquête, rébellion et l’essor de l’enfermement humain à Los Angeles. Chapel Hill : University of North Carolina Press, 2017.
[6] Cerna, Christina. Les défis de la protection juridique des travailleurs migrants aux États-Unis. Migration Policy Institute, 2020.
[7] Dershowitz, Alan M. Rights From Wrongs : une théorie séculière des origines des droits. New Haven : Yale University Press, 2014.
[8] Feinberg, Matthew. L’économie politique du contrôle de l’immigration : exploitation, bureaucratie et peur. Londres : Routledge, 2018.
Original text: English
There are moments in a nation’s history when a single life becomes a mirror, reflecting not its ideals, but its fractures. My name is Samuel Martínez Roque, and the truth of my existence in the United States has become one of those mirrors.I am not merely a reporting victim of a severe form of human trafficking; I am the living consequence of what happens when exploitation intersects with institutional indifference.[1]
Ramon Ontiveros Medina, the person who trafficked me for almost three years, and his associates, Josias Alekz Armengol Torres and Dacia Ontiveros Medina, used wage withholding, threats of deportation, forced starvation, and retaliation, as tools of domination. But the deeper wound is this: because I chose to report what was done to me, the retaliation intensified, reshaping itself into economic sabotage, explicit death threats and constructive fraud. In America, it seems, the price of speaking is hunger, and the price of surviving is punishment.
What happened to me in 2022 was not the product of poverty, nor misfortune, nor the harsh arithmetic of low-wage labor. It was a deliberate strategy of control. When my wages were withheld for nearly two consecutive months, I was pushed into 24 consecutive days of starvation, more than a month overall without solid food. This was not a lapse, nor an oversight, nor one of those economic inevitabilities that policymakers like to reduce to statistics. It was a method. It was an instrument. It was the intentional crafting of a weapon. Hunger was deployed against me like a disciplinary measure, a silent punishment meant to reshape my thinking and fracture my will.[2-3] It was not the kind of hunger that comes from an empty pantry, but the kind that comes from someone deciding you should not eat. The kind engineered by another person’s calculation, inflicted not by circumstance but by design.
In that period, I learned what starvation truly is: not merely the absence of food, but the erosion of autonomy, the theft of clarity, the slow deconstruction of a human being from the inside out. Your thoughts become disorganized. Your capacity to advocate for yourself deteriorates. Your body becomes a negotiation with pain. And then comes the shame—the shame that someone else convinces you that you somehow deserve this, that your silence is the price of survival, that your survival is conditional on obedience. Hunger becomes a language, and in that language, I was told repeatedly that my humanity was an inconvenience. My body became the battlefield on which silence and obedience were demanded. My empty stomach became the mechanism through which submission was expected. My suffering was treated as a tool, not an emergency.
And today, long after I reported, long after I followed every instruction and placed my trust in every institution this country told me to trust, the retaliation has not only persisted but evolved. It has become more covert in some ways, more brazen in others.[4] The same individual who once controlled my labor and engineered my starvation continues to impose punishment, no longer through the walls of a workplace but through digital interference, impersonation, economic sabotage, coordinated destabilization, and death threats that are explicit, repeated, and undisguised. Retaliation does not dissolve with time; it mutates. It adapts. It finds new forms. When an abuser loses physical access, he shifts to psychological access. When he can no longer starve you directly, he orchestrates conditions that make hunger inevitable. When he cannot silence you with confinement, he attempts to silence you with fear.
This is the nature of coercion in the modern era: it travels across platforms, across institutions, across months and years. It lives in the gaps of the law, in the places where bureaucracy is slow and abusers are fast. It preys on the immigrant mind, on the fear of deportation, on the knowledge that your life can be treated as optional. And in that space, a space that is continuously unregulated, unmonitored, and unprotected, retaliation thrives.
I have followed every rule this nation claims to honor. I have done everything the law asks of a victim who seeks protection. I have reported to the El Paso Police Department, to Texas state agencies, and to federal investigative bodies: the U.S. Immigration and Customs Enforcement (ICE), the Federal Bureau of Investigation (FBI), the U.S. Department of Justice, the U.S. Department of Labor, the Equal Employment Opportunity Commission (EEOC), and the Internal Revenue Service (IRS). I have provided statements, timelines, evidence, exhibits, documents, names. I have complied with every request for information. But what I have received in return is the bureaucratic vocabulary of abandonment: closure codes, referrals, departmental transfers, and inaction.[5-6] While the state’s paperwork cycles in circles, the retaliation against me grows more dangerous. My life has become a collision point between the law as written and the law as practiced, between the promise of protection and the reality of being left exposed.
This is why I am writing to you, not to ask for intervention into the facts of my case as if the Supreme Court were a trial court, but to name the constitutional failure occurring in real time. My situation exposes an unresolved contradiction in the nation’s moral and legal framework: a trafficking victim who cooperates with law enforcement is not being protected, but punished. Tools of coercion that should be classified as crimes: forced starvation, sustained death threats and manipulation of immigration status, economic retaliation, are instead functioning as loopholes through which abusers maintain power. The message, whether intentional or not, is unmistakable: an immigrant’s life may be expendable if its preservation is administratively inconvenient.
I ask you to see what lies behind the surface of the law: a human being who starved for 24 days in a row, swallowing expired Ibuprofen medication to make the pain of hunger go away and quiet the scream of an empty stomach; a human being who watched his own body deteriorate not because food was unavailable, but because it was withheld as a method of control to force him to confess to crimes he did not commit; a human being who continues to be hunted through threats and retaliation, long after he placed his trust in the legal system that promised protection.
I ask you to see not the case file, not the reference number, not the bureaucratic shorthand that reduces lived suffering into coded entries, but the reality of a person who has done everything required of him and been met, again and again, with institutional silence and indifference.
The Constitution does not authorize the value of a person to be determined by their immigration status.[7] It does not carve out exceptions for the vulnerable. Nowhere in its text does it suggest that equal protection applies only to those whose existence fits comfortably within political convenience. The promise of equal protection is not meant to be conditional, and yet the landscape I am forced to inhabit tells a different story, a story where the protections afforded to trafficking victims dissolve the moment those victims are immigrants, traumatized, or difficult to bureaucratically categorize. In practice, it seems my life falls into a void between statutory definitions and institutional priorities, a void where accountability vanishes and danger thrives.
What I am asking you to recognize is not only the violence of the person who trafficked me for almost four years, but the violence of neglect, the violence of a system that acknowledges a victim in theory but abandons him in practice; the violence of agencies that accept reports but provide no protection; the violence of silence that communicates, over and over again, that an immigrant’s suffering is administratively tolerable. And when the system tolerates suffering, it participates in it.
There comes a point in every struggle where a person must choose whether to accept erasure or resist it. I have reached that point. I have learned that in America, suffering does not automatically command attention, and truth does not guarantee protection. I have learned that a victim can follow every law, every process, every instruction, and still be treated as though his existence is peripheral to the system designed to protect him. I have learned that in this country, an immigrant can scream into every institutional doorway available and still be met with violent silence. What I have not learned, and it is because I refuse to learn it, is how to quietly accept a fate imposed on me by both Ramon Ontiveros, the person who trafficked me for almost three years, and the institutional indifference that followed. I have been asked repeatedly to trust the process, to trust the institutions, to trust that justice simply takes time. It does not only take time; it takes lives with it.
Time has not brought safety; time has brought escalation. Time has not brought accountability; time has brought further retaliation. Time has not brought recognition of my humanity; time has brought confirmation that my humanity is negotiable, and in most cases, disposable. And when a person’s humanity becomes negotiable, the very meaning of humanity begins to decay. This is the contradiction at the heart of my experience: the nation that claims to champion human rights has left me to fend for myself, as though the violence committed against me is a private inconvenience rather than a public emergency.
I am not naïve about power. I understand that institutions move slowly, that bureaucracy demands its rituals, that systems are often reluctant to confront their own failures. But I also understand something deeper, something more troubling: when the state chooses not to act, it is making a decision. Inaction is not neutral. Inaction is not passive. Inaction is a stance. And the stance communicated to me, through every closed report, every dismissed concern, every unanswered plea, is that an immigrant’s suffering is tolerable so long as it does not disrupt administrative comfort. That is the message I have been forced to live inside. That is the reality I am being asked to survive.
I have spent years navigating the labyrinth between legality and lived experience, between the promises embedded in constitutional text and the reality administered by institutions unwilling.[8] I have tried to advocate for myself in good faith, believing that the truth would be enough. But a truth ignored becomes indistinguishable from a lie. And when the truth concerns a life in danger, the refusal to listen becomes another form of violence. It does not stop being violence just because is quieter or more respectable. It is violence nonetheless.
I write to you now with the last dignity I have left: the dignity of truth, unvarnished and unembellished. I am not a metaphor, nor a statistic, nor a symbol. I am a person who has asked for protection in El Paso, in Texas, and at the federal level, and each time the silence has made it feel as though my life has no value. So I ask you,
The Honorable John G. Roberts, Jr., Chief Justice of the United States,
The Honorable Clarence Thomas,
The Honorable Samuel A. Alito, Jr.,
The Honorable Sonia Sotomayor,
The Honorable Elena Kagan,
The Honorable Neil M. Gorsuch,
The Honorable Brett M. Kavanaugh,
The Honorable Amy Coney Barrett, and
The Honorable Ketanji Brown Jackson,
with all the seriousness my desperation allows: if this is truly how measly an immigrant’s life is worth in America, please tell me—how much would I need to pay to purchase my own freedom?
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References:
[1] Chuang, Janie A. “Exploitation and Human Trafficking of Migrant Workers in the United States.” Georgetown Journal of International Law 39, no. 4 (2008): 101–142.
[2] Logan, Trevon D., and Anjali Patel. “Immigration Status and Vulnerability to Wage Theft and Workplace Retaliation.” American Economic Review: Insights 4, no. 2 (2022): 123–140.
[3] Bales, Kevin, and Ron Soodalter. The Slave Next Door: Human Trafficking and Slavery in America Today. Berkeley: University of California Press, 2009.
[4] Gozdziak, Elzbieta M., and David A. Bump. “Data and Research on Human Trafficking: Bibliography, 2017–2022.” Journal of Human Trafficking 8, no. 1 (2022): 1–50.
[5] Hernández, Kelly Lytle. City of Inmates: Conquest, Rebellion, and the Rise of Human Caging in Los Angeles. Chapel Hill: University of North Carolina Press, 2017.
[6] Cerna, Christina. The Challenges of Legal Protection for Migrant Workers in the United States. Migration Policy Institute, 2020.
[7] Dershowitz, Alan M. Rights From Wrongs: A Secular Theory of the Origins of Rights. New Haven: Yale University Press, 2014.
[8] Feinberg, Matthew. The Political Economy of Immigration Control: Exploitation, Bureaucracy, and Fear. London: Routledge, 2018.
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DT